Télé-réalité
Rien de plus irréel et factice que cette télé-réalité supposée refléter ce que nous sommes.
Sommes-nous de pauvres connards désœuvrés et égoïstes ? Bon, peut-être bien après tout, mais est-ce que serait une raison pour le voir continuellement à la télévision ? Les pseudo-héros se succèdent dans des émissions toujours un peu plus racoleuses, toujours beaucoup plus boueuses. Bouseuses, en fait. La qualité est un mot que les producteurs de ce genre d’émission ont dû oublier à renfort de séances d’hypnose. Pour faire une merde pareille, il faut le vouloir, on commet pas ça par accident. Non, vraiment, ils n’ont même pas l’excuse de l’incompétence. Je ne vois que du mépris. Du mépris pour les pauvres clampins qui acceptent de se ridiculiser en public et de jouer aux hamsters en cage, mais surtout du mépris, le plus grand des mépris, pour tous les cerveaux captifs qui vont assister à cette corrida malheureusement non létale. Le mépris est tel, si palpable depuis quelques années, que j’en ai revendu ma télé. Je sais, je suis un salaud, j’aurais dû la détruire plutôt que de la refourguer à un pauvre pote qui s’est récupéré une boîte à merde pour pas cher. Mais que voulez-vous, moi aussi je suis un connard désœuvré et égoïste. J’essaie juste de pas le montrer à la France entière. Alors voilà, la monde tourne toujours. Il le fait juste de manière un peu moins élégante chaque jour. Ça pourrait changer. On parle souvent de cycles. Peut-être, ouais. Une fois qu’on aura atteint le niveau maximal de la vacuité télévisuelle, peut-être qu’un rebond inévitable nous ramènera à quelque chose de plus classe, de plus distingué. En tout cas quelque chose qu’on pourra regarder sans perdre trois neurones à chaque réplique.
Maître des songes
Il s’y promène comme l’on pourrait se balader dans son jardin. Il crée à loisir, se fabrique un univers jetable, un univers personnel toujours unique, toujours véridique. Il n’accorde pas plus d’importance à l’un ou l’autre des mondes, l’éveil, le rêve, chacun est créé et créateur. Le maître des songes sait guérir sans imposition des mains, simplement par superposition des plans. Il conseille, sans donner l’impression de conseiller, et agit sur l’esprit de celui qui a besoin d’aide, sans s’imposer. Il n’est pas un chirurgien mystique, simplement un guide sur le chemin de cette infinité d’univers que nous créons sans savoir comment. Il crée, nous montre comment créer à notre tour, cela le rend plus puissant, et nous rend libre.
Chaque liberté accordée accroit celle de tout le monde.
Le maître des songes partage tout, sauf ses cauchemars.
La drogue c’est mal
(photo: Ari Abihssira)
Il y a un tas de pilules dans ce sac. De toutes les couleurs. Bon, peut-être pas toutes les couleurs, je vois pas de fuchsia ni de marron. Mais y’a beaucoup de couleurs, pour sûr. Beaucoup de jaune, de rose, de bleu et de rouge. Pas mal de blanc, aussi. Ça fait sérieux le blanc. Dans ce sachet, y’a de quoi défoncer la tête d’une ville entière probablement. Une ville pas trop grande quand même. Une villette. De toutes façons ce sera juste pour moi et mes potes. On en vendra peut-être un peu histoire de se payer la prochaine tournée, mais on va surtout s’arracher la gueule comme jamais. Pour ça il va falloir mettre la dose parce que mes potes c’est pas des tendres, leurs records sont probablement pas loin de ce que le champion galactique de la défonce a pu décrocher.
Moi-même je suis déjà resté dans le coltard plus de cinq jours d’affilée.
Si ma copine m’avait pas fait rentrer ce hamster dans le colon je crois que je serais encore dans le pays des bisounours. Mais un hamster dans le cul ça vous remet les pieds sur terre, je vous assure. Mes potes me disent qu’elle a pas fait ça pour m’aider. Qu’elle avait plutôt fini par faire une croix sur mon retour à la raison et qu’elle s’était finalement dit que, ben… autant en profiter. C’est possible. C’est une sacré connasse après tout. Moche en plus. Mais quand je suis camé, c’est bizarre, ça devient la plus belle de toutes les meufs pour moi. Et comme je suis presque tout le temps camé, j’ai l’impression de sortir avec un top modèle, un canon ! Une connasse canon, quoi. Je lui jette pas la pierre, non plus. Non, parce que la dernière fois que je l’ai fait, je l’ai juste touché à l’épaule elle a presque rien senti. Alors qu’elle, putain, elle vise super bien et elle m’a renvoyé la caillasse en pleine tronche, j’ai perdu deux dents.
Je l’aime ! Je l’aime comme on peut aimer son dealer. Même plus ! Je l’aime comme on peut aimer un dealer qui ferait des soldes permanents !
Himmalayoïde
(photo: Ari Abihssira)
Les neiges du Kilimangepabeau ne sont rien en comparaison de la beauté que recèle l’homme à fourrure de l’Himmalayoïde. Ce grand bonhomme blanc qui aura excité bien des curiosités et attiré tant d’aventuriers demeure pratiquement invisible. Seuls quelques privilégiés, dont votre humble serviteur fait partie, ont pu le croiser et en revenir vivant. Non pas que l’homme de l’Himmalayoïde soit anthropophage ni même simplement agressif. Disons plutôt qu’il est craintif. C’est ce qui l’aura sauvé en le dissimulant aussi longtemps aux yeux de la civilisation. Au moindre bruit, le voilà qui se cache ou s’enfuit et il n’y a que la chance et la persévérance pour permettre de le voir plus d’une fraction de seconde. Toujours en raison de cette crainte viscérale, le fait de tomber nez à nez avec cette créature au détour d’un rocher peut le mettre dans un état des plus dangereux. S’il se sent acculé, ou simplement si la surprise lui fait perdre ses moyens, l’homme de l’Himmalayoïde pousse un cri terrifiant puis se penche en arrière, s’appuie sur ses bras robustes pour donner un coup extrêmement puissant avec ses jambes habituées aux montagnes escarpées. Le malheureux victime de cet assaut est inévitablement projeté sur plusieurs mètres, avec une force telle que le fait de rencontrer quelque roc peut s’avérer fatal. Sans compter toutes les fois où cette projection envoie tout simplement l’infortuné dans une chute vertigineuse qui ne lui laisse aucune chance.
J’ai vu cet « homme », ce monstre blanc. Je l’ai vu et nous nous sommes regardés droit dans les yeux. Je crois qu’il a perçu en moi cette dose d’humanité que nous partageons tous deux, et il m’a laissé partir, certain que je ne lui voulais pas de mal. Je l’ai abattu de trois coups de fusil dans le dos, il n’effraiera plus personne !
Baltringue
Boiffard à tringle ! Escambroufe à pitagofle ! Barre toi de mon espingouin ou je t’émaroufle les esgourdes. Ah tu le prends comme ça ? Tu veux m’astiquer les boursiqueaux avec tes discours de malandrin sur pattes brisées ? Je vais t’élancer les amanites dans les entraves, moi, tu va voir. On va te ramasser les esquimoles à la cuillère à thé. Tes parents vont te renier tellement t’auras l’air d’un marsouin à queue poutre. C’est pas le malin singe qui va te sauver ce coup-ci. Tes escampouins sont pas là, tu fais pas le fier. Je vais te faire manger mes larastouines tu verra comment j’en prends bien soin. Juste pour les gens comme toi. Ravi d’avoir fait ta connaissance, dugroquain, ça me donnera l’occasion d’enfoncer mon bourre-pif dans la face de pet d’un petit con qui en a bien besoin.
Abysse nasale

C’est profond.
Plus qu’on ne pourrait le penser.
On se dit, un nez ça va jusque là, en posant notre pouce quelque part sur notre index, en mode évaluation de distance. Mais un nez c’est bien plus que ça, tu pourrais y foutre ton bras. Si ton bras était aussi fin que ton petit doigt, quoi. Un peu plus fin, même. Ah ben ce serait un bras pas super utile et plutôt fragile, je suis d’accord. Mais c’est pas la question !
Quand tu descends dans les profondeurs nasales, tu rencontres tout un tas de muqueuses et des tas de mucus pas forcément ragoûtants, mais tu t’y fais. Faut bien ! C’est qu’à partir de là que tu peux vraiment faire connaissance avec les lieux. Visiter une cavité par-ci, une calvitie par-là. Enfin, une zone dépourvue de poils nasaux, quoi. Ouais, ces petits poils filtrants qui récupèrent toutes les saletés dans l’air pour les transformer en mickeys !
Apparition nocturne
(photo: Ari Abihssira)
Je l’ai vu.
Je suis pas fou, j’ai pas rêvé, j’ai bien vu ce gars, enfin un gars ou pas, une silhouette en tout cas… j’ai bien vu quelqu’un au bout de mon couloir, entrer dans la chambre d’ami. Je veux bien qu’elle soit libre en ce moment, mais j’aimerais bien savoir un peu qui j’invite. Surtout quand il s’agit d’un intrus qui se point à une heure du mat. J’avance, la porte est entrouverte. Je tape doucement. Mais qu’est-ce que je fais? Je tape chez moi maintenant! Normal quand un bon pote est en train de se changer mais un inconnu faut pas déconner! Je pousse la porte. Personne debout. Personne sur le lit. Encore que, la couverture est un peu en bordel c’est pas clair. J’avoue j’aurais du faire le ménage depuis deux semaines, mais bon, hein. Je soulève la couverture, personne dessous. Je vais quand même pas regarder dans le placard ? Bon, je l’ouvre.
Ah, c’est mon pote Tommy. Il est tout pâle, il bouge pas.
Mais bon, un ami dans la chambre d’amis, ça va.
Déçu
Trois fois bredouille en si peu de temps, c’est pas humain. L’univers veut mettre à l’épreuve mon ataraxie encore incomplète ! Mais il ne m’aura pas sur si peu. Les plaisirs de la chair ont certes quelque chose d’unique que l’écriture ou le curling ne peuvent certainement pas remplacer, mais je ne vais pas pour autant me soumettre à un quelconque désir. Sans m’y opposer, il suffit de les laisser passer. Cela ouvre la voie à d’autres désirs, et pour les prochains même procédure, assouvir ce qui peut l’être sans dommage et laisser passer le reste. Ce n’est pas si difficile après tout. Il y a des « trucs » qui aident. Se placer les couilles dans un étau et compresser jusqu’à ce qu’elles deviennent bleues, ça marchait au début, mais on s’y fait vite et j’ai même fini par y prendre du plaisir. Il a fallu passer aux aiguilles. Une sorte d’acupuncture maison. Avec les mêmes aiguilles tout d’abord, longues et extrêmement fines, qu’il est aisé de faire passer à travers de la verge. Mais finalement on ne sent pas grand chose et en moins de deux semaines on passe inévitablement aux aiguilles à tricoter. Là, par contre, il faut procéder avec prudence, ne pénétrer que par l’urètre et s’assurer que personne ne viendra vous taper sur l’épaule pour déconner alors que vous êtes en train de jouer aux avaleurs de sabre. Au moindre pépin, appelez les pompiers et dites que vous êtes tombé sur votre nécessaire de couture.
Nosferatu
Grimace obligatoire, manucure en option, le rictus étrange et les phalanges en action. Le sous-fifre jouit de son attente et reluque la moindre nouvelle avec une délectation sans rapport avec les avantages tirés de cette collaboration. De grands sourcils semblent être nécessaires à toute personne désirant un minimum de respect, et n’espérez pas attirer l’attention de qui que ce soit si vous ne parvenez pas à étirer tous les muscles de votre visage en même temps dans des directions chaotiques au possible. La nuit vous semblera peut-être un peu claire. Disons qu’il y fait à peu près jour, mais c’est la nuit. Il y a en cette époque comme un soleil nocturne, ou peut-être une lune à la surface polie. Lorsque le véritable jour arrive enfin, l’on passe du jour qui ne fait pas mal aux vampires au jour qui les réduit en petite fumée blanche. D’où la non-vie délicate d’un suceur de sang en ces temps incertains. Celui qui ne porte pas une montre de qualité peut vite se retrouver piégé par ce qu’il croyait être simplement une belle nuit de pleine lune un peu claire. On ne compte plus les petites fumées blanches qui se sont élevées dans des chambres aux volets ouverts à la suite de malentendus fâcheux à propos de l’heure. Les serviteurs fautifs n’auront donc jamais été punis tel qu’ils le méritaient vraiment. Au moins se sont-ils retrouvé au chômage, ce qui est la moindre des choses.
Salle d’attente
Les têtes ne sont jamais les même mais ce qui se passe dedans ne doit pas beaucoup changer. Pour peu qu’il n’y ai pas de magasine mais en lieu et place une vidéo corporate on se laisse hypnotiser quelques temps par le truc pas cathodique puis après trois boucles sur le même film on finit par se lasser et on regarde ses pieds ou l’horloge qui n’avance pas. C’est pas de leur faute si on attend, il y a beaucoup de monde et ils ne sont que deux ou trois pour nous accueillir. Oui, mais s’ils étaient quatre ou cinq ça irait plus vite, non ? Je ne sais pas combien de temps encore les excuses bidons garderont cours mais je suis certain qu’un jour la masse se lèvera. Elle empoignera les journaux féminins périmés, les prospectus et autres dépliants-conseils. Elle marchera sur le sièges de chaque grand groupe plus ou moins lié au corps médical. Oui, cela englobe le ministère de la santé. Et on pendra ces ministres aux sommets des hôpitaux De La Charité, histoire de trouver le même symbole un peu partout dans le monde. On leur videra les tripes pour y fourrer nos ordonnances. Et nos cartes de mutuelle santé.


