Métro
(photo: Ari Abihssira)
Les couloirs de métro succèdent aux tunnels destinés aux employés et aux voies sur lesquelles roulent les voitures à passagers. Roulaient, plutôt, car désormais tout le réseau souterrain semble prendre la pose pour une photo qui ne sera jamais prise. Les publicités, maintes fois taguées, à moitié dévorées par l’humidité, datent d’une époque révolue et qui semble à présent bien futile. Les quelques bouteilles et cannettes trainant par terre ont été bues depuis bien longtemps, et les distributeurs automatiques ont tous été éventrés sans la moindre exception.
L’obscurité est totale dans toutes les sections véritablement souterraines du réseau, et sans lampe on ne peut qu’être certain de se briser quelque membre après une chute inévitable. Les rats et les chats s’accommodent mieux de cette nuit éternelle. Par leurs bruits organiques et imprévisibles ils ajoutent à l’angoisse suintant de chacun de ces murs. L’orientation est affaire d’exercice, d’essais et d’erreurs, de mémorisation, de marquages au sol, aux murs. Une petite lampe, une torche enflammée, suffisent à progresser dans ces méandres sans être paralysé par l’obscurité, mais on n’y voit jamais bien loin, et il faut alors compenser ce que l’on ne distingue pas par ce que l’on connaît par habitude.
L’habitude est la plus grande des aides dans ce monde presque mort. C’est elle qui permet de presser le pas lorsque l’on entend quelque potentiel pillard approcher. C’est elle qui permet de débusquer la bestiole dont on fera son maigre dîner. Mais c’est aussi une traîtresse, car c’est par elle qu’on laisse notre vigilance s’endormir. C’est par elle qu’on s’autorise à dormir en tel lieu qu’on juge sûr désormais. C’est par elle qu’on finit par ne plus se réveiller.