L'écriture automatique, et vlan

Improvisation sur papier

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Est-ce un rêve ?

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(photo: Ari Abihssira)

Suis-je éveillé ? Ou peut-être est-ce un rêve ? Un de plus, seulement un de plus. Combien de rêves ai-je fait depuis ma naissance ? Bien plus que je puisse m’en souvenir… Alors pourquoi pas maintenant ? Pourquoi ne serais-je pas en train de rêver ? Après tout, lorsque l’on rêve, on croit dur comme fer à tout ce qui se passe. Rien de plus ni de moins que ce que je ressens maintenant. J’ai cette étrange sensation qui me fait dire que non, il serait ridicule d’imaginer que je rêve, car le simple fait de me poser cette question sous-tend que je suis éveillé, que je peux traiter tant d’informations, combler tant de sens, que ce serait folie d’imaginer que je vais me réveiller, quitter cet état de vigilance si élevé, si perfectionné. Et pourtant, lors de mon dernier rêve, j’avais les mêmes certitudes. Est-ce un rêve ? Suis-je en train de rêver ? Suis-je en train de rêver ? Est-ce un rêve ?

Written by Adrien Saurat

avril 19th, 2010 at 2:45

Baltringue

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(photo : Ari Abihssira)

Boiffard à tringle ! Escambroufe à pitagofle ! Barre toi de mon espingouin ou je t’émaroufle les esgourdes. Ah tu le prends comme ça ? Tu veux m’astiquer les boursiqueaux avec tes discours de malandrin sur pattes brisées ? Je vais t’élancer les amanites dans les entraves, moi, tu va voir. On va te ramasser les esquimoles à la cuillère à thé. Tes parents vont te renier tellement t’auras l’air d’un marsouin à queue poutre. C’est pas le malin singe qui va te sauver ce coup-ci. Tes escampouins sont pas là, tu fais pas le fier. Je vais te faire manger mes larastouines tu verra comment j’en prends bien soin. Juste pour les gens comme toi. Ravi d’avoir fait ta connaissance, dugroquain, ça me donnera l’occasion d’enfoncer mon bourre-pif dans la face de pet d’un petit con qui en a bien besoin.

Written by Adrien Saurat

mars 28th, 2010 at 3:15

Nosferatu

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Grimace obligatoire, manucure en option, le rictus étrange et les phalanges en action. Le sous-fifre jouit de son attente et reluque la moindre nouvelle avec une délectation sans rapport avec les avantages tirés de cette collaboration. De grands sourcils semblent être nécessaires à toute personne désirant un minimum de respect, et n’espérez pas attirer l’attention de qui que ce soit si vous ne parvenez pas à étirer tous les muscles de votre visage en même temps dans des directions chaotiques au possible. La nuit vous semblera peut-être un peu claire. Disons qu’il y fait à peu près jour, mais c’est la nuit. Il y a en cette époque comme un soleil nocturne, ou peut-être une lune à la surface polie. Lorsque le véritable jour arrive enfin, l’on passe du jour qui ne fait pas mal aux vampires au jour qui les réduit en petite fumée blanche. D’où la non-vie délicate d’un suceur de sang en ces temps incertains. Celui qui ne porte pas une montre de qualité peut vite se retrouver piégé par ce qu’il croyait être simplement une belle nuit de pleine lune un peu claire. On ne compte plus les petites fumées blanches qui se sont élevées dans des chambres aux volets ouverts à la suite de malentendus fâcheux à propos de l’heure. Les serviteurs fautifs n’auront donc jamais été punis tel qu’ils le méritaient vraiment. Au moins se sont-ils retrouvé au chômage, ce qui est la moindre des choses.

Written by Adrien Saurat

mars 17th, 2010 at 8:58

Russkov

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Gare à ta tête, poivrot de prolo, marin d’eau sèche tatoué d’un bout de kremlin à l’anglaise, tu vise ma pomme d’Adam mais je t’assure j’en fais autant c’est pas un faux camarade qui va me mettre à terre je suis sincère. Mes idées représentent le summum de l’éclatage de gueule par terre. Délétère ambiance, je vais et viens pour laisser exploser ma colère. Ta fiole est-elle remplie de vodka? Laisse moi goûter ou ça finira mal pour toi. Clamse en silence si tu veux te frotter à moi je voudrais pas que la flicaille entende ça. L’ambiance du bar n’est pas à la baston mais ce genre de truc change en une fraction. Deux secondes, tu vois pas que je parle à un pote? Quoi, vous êtes deux maintenant? T’as appelé ta mère en renfort, avec sa moustache de quatre jours et sa barbe affriolante? La castagne par chez moi ça se passe souvent à trois, le jour où j’aurai un peu peur c’est quand je me retrouverai face à moi. En attendant ce jour maudit dégagez, vous portez encore vos pantalons je vous conseille d’en profiter, histoire de filer avec un minimum de dignité. Les affaires reprennent, et avec moi aux commandes, le sandwiches du coin sont pas les meilleurs mais ils sont faits au sel de gerande, le genre de détail qui me titille les papilles et me réveille l’estomac. Le truc pour lequel j’suis prêt à payer un tit extra. Extra ball dans ton buste, j’suis le gosse buster des sales mioches de ton espèce, le Van Helsinki version psycho-hippie devant qui je te conseille de faire dans ton froc car c’est la seule manière de gagner un ticket de sortie. Le barman sera le juge ton incontinence et s’il valide ta salvatrice pestilence je te laisserai filer comme un pet silencieux. Oui, ceux qui sentent. N’oublie pas ton manteau, il pourrait bientôt te servir de tente.

Written by Adrien Saurat

mars 3rd, 2010 at 9:02

Mine de rien, rime et rame

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(photo: Ari Abihssira)

Mon crayon tombe au fond de la barque, la crise j’aurais pas dû quitter la baraque, quelle idée débile que d’écrire sur l’eau, j’aime pas les lacs, le soleil s’y reflète tellement fort que j’ai les yeux en feu, les joues comme des flaques. Et ma copine qui se marre. Ça lui plait de me voir vénère, et mon cœur bordel? Un de ces jours, dans quelques dizaines d’années, je vais me chopper un infarctus et je saurai que c’est à cause d’elle. Mais elle est jolie, c’est pas grave. Enfin jolie, c’est pas l’avis de tous mes potes mais je les emmerde. J’aime bien quand elle sourit, et elle sourit tout le temps, alors je l’aime bien. N’empêche que cette idée de balade en barque c’est stupide. En plus c’est moi qui rame évidemment. Et y’en a pas une pour rattraper l’autre, ce matos de location est vraiment pitoyable, j’aurais mieux fait d’emmener mes palmes on serait plus vite arrivés. Ouais, c’est sûr, en même temps on n’a nulle part où arriver. Le voyage c’est le chemin ou ce genre de bordel. Pas de destination, quoi, juste avancer comme des cons et voir ce qu’il en ressort. Emmener des carnets et noircir quelques pages à coup de crayon, quand ils nous échappent pas des mains. Aujourd’hui elle veut de la poésie. De la vraie, avec les rimes et tout. J’ai jamais trop compris à quoi servait la poésie. J’avoue que c’est joli de temps en temps, disons une fois sur cent, mais voilà le gros du troupeau c’est juste une chiée de mots triée toujours sur le même volet à tel point qu’on finit par se demander où est le chapeau dans lequel les poètes piochent leurs idées. J’ai décidé d’écrire un poème sans inclure de mot appartenant aux champs lexicaux de l’amour, de la mort, des saisons ou de la soupe de poison, et pour l’instant j’ai peau de balle. Pas de quoi s’en tirer une, mais je rentre pas à la zonzon si j’ai pas écrit au moins dix lignes. Question d’amour-propre. Mais j’ai pas droit à ce mot là. C’est comme si mon cerveau tournait autour du pot. Et pas de roses sur celui là, plutôt des jonquilles, ou ce genre de fleurs dont tout le monde ignore désormais l’existence. Mais je vais trouver! Y’a qu’à écrire sur les tourniquets.

Written by Adrien Saurat

mars 1st, 2010 at 9:00

De cape et d’épée

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(photo : Ari Abihssira)

Cape rouge lustre de bois je me balance et arrive sur toi, patatras! Casse gueule duel bing bang bing embroche moi je le sens même pas je suis une sorte de zombie tu le vois pas? Je t’empale l’affaire est classée les mousquetaires du Cardiliche ont encore frappé. C’est trop facile quand on est un mort quoique je crains les exorcistes et consorts. Attention à la marche Port’os s’est pété un fémur comme ça, rien de douloureux mais chez nous ça se répare pas alors tu reste comme ça, au mieux t’installe une super attelle ou une jambe de bois. Aram’os en a deux la prochaine fois qu’est-ce qu’on lui enlèvera? Ath’os vient par là, fais voir t’as encore perdu un œil je sais bien qu’on « voit » pas avec ça mais quand même ça rend plus présentable tu pourrais faire un effort avec les assauts y aller moins fort. N’oubliez pas les gars qu’on peut jouer sur la fatigue. Un duel de deux heures ça nous crèvera pas alors prenons notre temps, prenons l’éternité. Elle nous a été donnée pourquoi s’en priver? Le comte Dracula est invité par le cardiliche il s’agit de faire bonne impression. Je veux pas trop vous mettre la pression, mais chez les non-morts un vampire comme ça c’est du genre kador. D’Artagnangnan vous le dit, y’a de quoi se faire de l’or, mais faut assurer un poil sinon on dort dans le coffre-fort. Ça sent le sapin pour nos ennemis je rage de devoir vous le rappeler mais vos familles seront les prochaines sur le tatami. Les enfoirés vous ont dénoncé et l’église est à nos trousses, il s’agit de pas chopper la frousse et de s’arranger pour qu’on les recouvre d’une housse. Pousse toi, Miledentée, j’ai pas envie de baiser, fais mumuse avec ton collier, j’ai prêté la laisse au cocher. Bon, préparez vous on va pas moisir ici. Enfin pas plus qu’ailleurs, y’a pas de raison. Les alcools y sont bons mais chez moi ça s’écoule direct par le colon depuis que je peux plus me bourrer la gueule les tavernes me laissent un peu de marbre, et je dis pas ça pour la couleur de ma peau, le premier qui se moque je lui fais avaler son chapeau. J’espère que vous avez révisé votre devise, la prochaine étape s’annonce corsée et on va pouvoir embrocher du gars de Trévise. Alors, « un pour tous, tous pour un, vas-y que je te pousse, je récupère ton bassin! »

Written by Adrien Saurat

février 22nd, 2010 at 9:36

Rêves d’un fauteuil

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(photo: Ari Abihssira)

Moelleux, marron, comfy comme diraient les rosbifs avec leur drôle de pif j’attends quelqu’un qui m’achètera me sortira de cette brocante pour résidus d’époques oubliées. Non je suis pas suédois et on me démonte pas! Encore un putain d’étudiant ils respectent rien parfois j’aimerais avoir un poing pour leur foutre dans la gueule. Dans une autre vie j’espère être un punching-ball défectueux et assommer un de ces pauvres malheureux. Toi arrête de me reluquer comme ça c’est indécent prend au moins la peine de m’asseoir, y’a plus de valeurs les gens sont d’un égoïsme ils te regardent comme si de rien n’était, comme si personne les voyait, la notion d’échange je vous jure, c’est pour de bon que ça disparaît! Ça vous viendrait pas à l’esprit que j’ai besoin qu’on me touche? Vous vous doutez pas que quand on se contente de me mater je trouve ça louche? Étreignez moi, tâtez moi, non me sautez pas dessus comme ça je suis trop vieux je le supporterai pas. Ah et pas de chien non plus, je suis allergique aux poils. Quant aux lapins j’ai déjà donné, regardez mes pieds, tous rongés. J’en ai chié des ronds de chapeau claque, et dieu sait que j’aurais aimé en mettre. Alors maintenant tout est fichu, me voilà à côté d’un perroquet sans plume qui portera peut-être plus jamais de manteau, et tous les deux on se morfond dans un coin de hangar qu’on pourrait croire même pas squatté. En plus, je parle pas le perroquet. En face de moi, cette chaise mal rempaillée qui me fait de l’alvéole. Elle m’a pris pour quoi? Je suis pas de ces gens là moi. Le confort ça s’improvise pas. Tu m’étonne qu’elle soit toujours là. Vulgaire! Ah ça, on peut lui renverser toute une cafetière sur la gueule elle va pas broncher, c’est donné, perdu pour perdu, quand t’as pas la classe ça s’invente pas. Les amis j’en ai ras le cul je me tire. Oui je sais que j’ai pas deux jambes, mais j’ai quatre pieds, ça devrait compenser. A raison d’un ou deux millimètres par an je vais bien sortir de ce trou à rat d’ici quelques dizaines de dizaines d’années. Dois-je vous rappeler que j’ai pas besoin de manger, boire ou respirer, j’ai tout mon temps mais en attendant oubliez moi une fois que j’ai dit au revoir j’y reviens pas. Bonne chance pour les soldes!

Written by Adrien Saurat

février 20th, 2010 at 9:02

La nuit

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(photo: Ari Abihssira)

La nuit tous les chats sortent leur vit. Effroyable imposture, ces félins seraient-ils des erreurs de la nature? En réalité des intrus, des envahisseurs méconnus. Des princes de l’espace dépêchés en éclaireurs, chacun choisissant la parcelle de terrain qui sera leur. Méfiez vous des imitations, les chiens sont beaucoup plus cons. Ce sont vraiment nos amis, on peut se le permettre car ils ne présentent aucun danger sérieux vu leur regard caboteux et leurs poils hirsuteux. Maladie, les chats en connaissent-ils vraiment? Quelques symptômes parfois, la mort même pour celui qui a trahi sa patrie. Car certains à notre contact développent à notre égard une certaine sympathie et en viennent à ne plus désirer notre extermination, comme c’est gentil. Mais le voilà rapidement puni. Leur système de surveillance intégré à leur panse réagit immédiatement et provoque douleurs et saignements. Un bon chat est un chat mort. Pourtant la nuit pourrait les protéger, ils se ressemblent tous alors. Délation toujours possible car le mal vient de leurs entrailles. Tels de gros saucissons à l’ail ces tas de chair pseudo-nobles se baladent en nous méprisant, leurs moustaches en avant comme si nos barbes ne les impressionnaient pas. J’ai connu un chat que les autres prenaient pour roi. Il était con. C’est un chat, dira-t-on, et pourtant soyons cohérents c’est au chien que nous avions réservé ce surnom. De manière un peu hâtive je dois l’avouer. Le félin urbain mérite lui aussi un tel refrain, il s’enroule mange et chie, pissant où bon lui semble sur les hauteurs de son monde qui nous est à demi perceptible. Fier, bien plus qu’un coq avec ou sans patte, sans patte! Il bouge et remue, puis s’arrête et dort des heures, profite de la lune pour ne pas bronzer, pour s’argenter plutôt, métal plus noble à bien des égards. Le voilà donc, même pas de serviette, nu sous ses poils, qu’il n’a même pas toujours, à nous infliger ses relents de créature ayant quitté la basse cour. C’est répugnant de voir ainsi un animal rampant passer au devant de tant de créatures au physique à peine moins avenant.

Written by Adrien Saurat

février 8th, 2010 at 9:00

Cyberpunk

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(photo: Ari Abihssira)

Crête en polystyrène, moustache en neoprene, quelques implants par ci par là, une prise jack sous chaque aisselle. C’est le retour de l’ancien futur, la résurrection d’un avenir mort-né, les cyberpunks débarquent comme jamais ils ne l’avaient vraiment fait. Est-ce que ça devrait les rendre moins sympathiques? Pourquoi rejeter ce qui en plus d’être différent est has-not-even-been? Joie et allégresse en ville, les quartiers sordides vont reprendre des couleurs, les cheveux peinturlurés vont côtoyer les armes improvisées et les ordinateurs portables à connexion sans fil. Le rétro qui ne s’assume pas, les câbles disparaissent puis reviennent, sans taf, juste pour faire joli. Le RJ45 remplace la chaine de vélo et on obtient un voyou geek qui pourrait bien porter un t-shirt de Wario si ça se trouvait plus facilement. L’imprimante matricielle que j’ai jeté dans la cour a été récupérée par ces cyberkeupons qui s’en servent de bélier pour enfoncer les portes de locals à poubelles. Y’a plus de révolution, ma brave dame. « No past » semble être le slogan de ces pseudo-rebelles qui au lieu d’oser affronter le futur, modèle d’avenir, préfèrent gémir et se plaindre du passé, cherchent mille excuses à leurs comportements aussi infantiles que stériles. Alors oui, parfois ils tuent quelqu’un. Mais combien par mois? Deux. Trois personnes. Et encore. Puis souvent par accident. Par dommage collatéral. Un clodo qui roupillait derrière une porte défoncée et hop. On se sent plus en sécurité devant une bande de ces lascars que devant le commissariat central, c’est dire. Le blouson de cuir à clous devrait être interdit à ceux qui se baladent sans au minimum un poing américain dans une poche. Marre de ces loubards à mains nues qui comptent sur leurs fringues LCD pour nous impressionner. Un de ces jours je vais en chopper un et je vais lui foutre un concentrateur USB dans le cul il comprendra ce que c’est que d’être branché.

Written by Adrien Saurat

février 3rd, 2010 at 9:05

Burnout

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Burn-out(photo: Ari Abihssira)

Yeux rivés sur l’écran je vois même plus ce qui est écrit vision brouillée, floue comme ma vie mon siège est pourri mon clavier en bois plus je m’enfonce plus je me demande ce que je fous là. Après magner ce post-it sur mon bureau me demandant de refaire une extraction de données la précédente aurait foiré. Sauf que pour chacune de ces manips il reste des tas d’étapes manuelles, je suis parti pour 2 heures de travail d’ouvrier sous spécialisé, au moins j’aurai pas à réfléchir, no stress except la deadline, j’ai presque trois heures ça devrait aller, j’vais pouvoir me caler un épisode Facebook et p’tet une ou deux vidéos avec des mecs qui se cassent la gueule. Souvent ça se passe dehors du coup j’ai pendant deux minutes l’impression de pas être enfermé comme un mardi dans un bureau où la clim est en panne depuis 3 ans. Quart d’heure amérindien, j’viens de me faire tataner par le chef de projet qui a vu une vidéo de cul dans le reflet de la vitre derrière moi. Pas ma faute, pub à la con, mais va expliquer ça à ce philistin sans éducation. Cinq ans d’études après le bac et pas foutu d’épeler correctement le mot compréhension. Y’a un accent, ducon. Un jour ça va me péter j’vais lui faire bouffer un câble USB et si le boss le défend il en prendra autant. C’est l’Égypte antique ici il nous manque juste les fouetteurs mais quelques collabos s’en chargent à leur manière. Heureusement y’a aussi une solidarité, ambiance pré-évasion à la pauvre cafet, comme des potes en prison on cherche comment écraser les matons. Ça va jamais bien loin on se contente de se branler la nouille en mangeant des pâtes trop cuites. Quand y’en a un qui en a vraiment, mais vraiment ras le cul, il démissionne et va refaire la même dans une boîte concurrente, rien qu’à voir ça parfois je me chope la courante. Mes doigts tremblent sur ma barre espace, je reluque la touche escape, comme une promesse de liberté, mais le manuel correspond pas, je trouve pas la formule magique permettant de faire sauter ces verrous de ma tête. Jamais de grève, on courbe l’échine en attendant de se faire virer à cause d’un offshore en Chine. J’ai peur de quitter ce taf sans envisager réellement d’en changer. Peut-être que c’est possible, j’sais pas. En attendant, je vais jouer au loto.

Written by Adrien Saurat

janvier 25th, 2010 at 9:45